La flat tax française atteint 30 %, dont 12,8 % d’impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux, mais ce barème ne suit pas automatiquement un épargnant qui part vivre à l’étranger. Pour investir quand on est expatrié, le premier réflexe consiste donc à identifier le pays qui taxera les intérêts, dividendes, plus-values et revenus immobiliers.
Votre résidence fiscale décide de la fiscalité de vos placements
Passer plus de 183 jours hors de France ne suffit pas, à lui seul, pour devenir non-résident fiscal. La France examine aussi votre foyer, votre lieu de séjour principal, votre activité professionnelle principale et le centre de vos intérêts économiques. Si deux pays vous considèrent comme résident, la convention fiscale tranche généralement dans cet ordre : foyer permanent, centre des intérêts vitaux, séjour habituel, nationalité.
Fixez cette résidence avant tout arbitrage. Un compte-titres, une assurance vie ou un bien locatif ne supportent pas la même fiscalité selon que vous résidez en France, dans l’Union européenne, en Suisse, au Royaume-Uni, aux États-Unis ou dans un État sans convention fiscale.
Le vrai piège n’est pas de conserver un placement français. C’est de croire que son enveloppe fiscale française sera reconnue par le pays d’accueil.
Le PEA illustre cette difficulté. Son exonération française après cinq ans n’oblige pas l’administration étrangère à exonérer les dividendes et les plus-values logés dans le plan. Même logique pour l’assurance vie : l’imposition française différée ne garantit aucun report fiscal à l’étranger.
Avant le départ, vérifiez également le régime de l’exit tax. Il concerne notamment les contribuables ayant été résidents français pendant au moins six des dix années précédentes et détenant des titres d’une valeur globale supérieure à 800 000 €, ou une participation représentant au moins 50 % des bénéfices sociaux d’une entreprise. Le départ entraîne alors une imposition latente, avec des mécanismes de sursis et de dégrèvement encadrés.

Quels placements choisir pour investir quand on est expatrié ?
| Choix | Intérêt principal | Piège fiscal ou pratique |
|---|---|---|
| Épargne réglementée | Liquidité et capital protégé | Éligibilité limitée après le départ et taxation éventuelle dans le pays d’accueil |
| PEA conservé | Antériorité fiscale française | Avantage non reconnu à l’étranger et restrictions du teneur de compte |
| Compte-titres ordinaire | Choix d’actifs étendu | Déclarations étrangères et retenues à la source |
| Assurance vie | Capitalisation et transmission | Fiscalité des rachats variable selon la résidence |
| Immobilier français | Revenus en euros et actif tangible | Imposition française maintenue, prélèvements sociaux et IFI |
1. Garder une épargne liquide pour les dépenses dans deux pays
Un expatrié doit souvent financer un déménagement, un dépôt de garantie, des billets d’avion ou plusieurs mois de dépenses dans sa nouvelle devise. Conservez donc une réserve disponible avant de rechercher du rendement. Une base de six mois de dépenses courantes est cohérente lorsque les revenus sont stables. Montez à douze mois en cas de contrat local précaire, de frais scolaires élevés ou de couverture médicale limitée.
Le Livret A reste accessible aux non-résidents, sous réserve de l’acceptation administrative de l’établissement qui le tient. Son plafond est de 22 950 €. Le LDDS est plafonné à 12 000 €, le LEP à 10 000 €, le livret jeune à 1 600 € et le PEL à 61 200 €. Le LDDS et le LEP sont liés à une condition de domicile fiscal en France : le départ impose donc de contrôler rapidement leur maintien.
| Produit | Plafond | Taux au 1er août 2026 |
|---|---|---|
| Livret A | 22 950 € | 1,70 % |
| LDDS | 12 000 € | 1,70 % |
| LEP | 10 000 € | 2,70 % |
| Livret jeune | 1 600 € | 2,00 % |
| PEL ouvert en 2026 | 61 200 € | 1,75 % |
L’exonération française des livrets réglementés ne neutralise pas la fiscalité étrangère. Le pays de résidence garde le droit d’intégrer leurs intérêts à votre revenu imposable. Évitez aussi de conserver toute votre trésorerie en euros si vos dépenses quotidiennes sont libellées dans une autre monnaie : une variation de change réduit directement votre pouvoir d’achat local.
2. Conserver son PEA sans confondre maintien et portabilité fiscale
Vous ne pouvez pas ouvrir un PEA en étant non-résident fiscal français. En revanche, un plan ouvert avant le départ reste normalement conservé lorsque le transfert de domicile s’effectue vers un État ou territoire non coopératif. Le plafond de versements du PEA est de 150 000 €. Celui du PEA-PME est de 225 000 €, avec un plafond global de 225 000 € lorsque les deux enveloppes sont détenues.
Investir selon sa situation5 placements pour investir pour ses enfants selon l’âge, le risque et la fiscalitéLe PEA n’est donc pas juridiquement fermé au moment du départ. Il se retrouve toutefois souvent gelé en pratique : certains teneurs de compte refusent les nouveaux versements, limitent les ordres ou demandent la vente d’instruments non distribuables dans le pays de résidence. Demandez une confirmation écrite avant de quitter la France.
Sur le plan fiscal français, un retrait effectué après cinq ans n’entraîne pas d’impôt sur le revenu sur les gains. Pour un non-résident, les prélèvements sociaux français ne s’appliquent en principe pas aux gains réalisés pendant la période de non-résidence lors d’un retrait. Le pays d’accueil garde toutefois sa propre lecture du plan et peut imposer chaque revenu ou chaque cession.
Votre horizon doit rester cohérent avec le niveau de risque retenu. Une allocation destinée à un achat immobilier dans trois ans ne ressemble pas à celle d’un patrimoine prévu pour la retraite. Les repères pour investir selon son âge et son horizon permettent de séparer ces objectifs.
3. Utiliser un compte-titres pour obtenir une enveloppe plus souple
Le compte-titres ordinaire n’a aucun plafond de versement. Il accepte davantage de catégories d’actifs et reste plus simple à transférer qu’un PEA. Cette souplesse s’accompagne d’obligations déclaratives dans le pays de résidence.
En France, un résident supporte en principe la flat tax de 30 % sur les dividendes, intérêts et plus-values : 12,8 % d’impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux. Pour un non-résident, la convention fiscale modifie ce schéma. Les dividendes français subissent une retenue à la source, souvent plafonnée par convention. Les plus-values mobilières sont généralement imposées dans l’État de résidence, hors participations substantielles et régimes particuliers.
Certains pays taxent annuellement les gains non réalisés, refusent les fonds étrangers ou imposent des formulaires spécifiques. Si votre nouvelle résidence applique de telles règles, privilégiez des instruments simples et compatibles avec la réglementation locale. Limitez aussi le nombre de comptes : chaque compte français peut devoir être déclaré à l’administration du pays d’accueil.
4. Conserver une assurance vie après avoir vérifié la convention fiscale
Un contrat d’assurance vie souscrit avant le départ peut rester ouvert. Vous conservez son antériorité française, mais la fiscalité du rachat doit être examinée au jour du retrait. En France, seule la part de gain comprise dans le rachat est imposable. Pour les primes versées depuis le 27 septembre 2017, le prélèvement atteint en principe 12,8 %, avec un taux de 7,5 % après huit ans sur la fraction relevant du seuil de 150 000 € de primes.
L’abattement annuel après huit ans est de 4 600 € pour une personne seule et de 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune. Cet abattement vise les contribuables fiscalement domiciliés en France. Un expatrié ne doit donc pas l’intégrer automatiquement à son calcul. Une convention fiscale peut attribuer l’imposition au seul pays de résidence ou plafonner le prélèvement français.
La transmission exige la même vigilance. Pour les primes versées avant 70 ans, le régime français prévoit un abattement de 152 500 € par bénéficiaire. Après 70 ans, l’abattement porte sur 30 500 € de primes, tous bénéficiaires et contrats confondus. Le domicile du souscripteur, celui de l’assuré et celui du bénéficiaire interviennent dans l’analyse internationale.

5. Acheter de l’immobilier français en acceptant une fiscalité française durable
Les loyers d’un immeuble situé en France restent imposables en France, même si le propriétaire vit à l’étranger. Pour une location nue, le micro-foncier applique un abattement de 30 % lorsque les recettes brutes ne dépassent pas 15 000 € par an. Au régime réel, les charges et intérêts d’emprunt sont déduits dans les limites légales.
Investir selon sa situationAcheter à deux sans se piéger : 5 décisions clés pour investir en couplePour une location meublée de longue durée relevant du micro-BIC, l’abattement est de 50 %. Les règles des meublés de tourisme suivent un régime distinct. Ajoutez au prix d’achat des frais de notaire de 7 à 8 % dans l’ancien, la taxe foncière, les frais de gestion et les périodes sans locataire.
Les non-résidents sont aussi concernés par l’IFI sur leurs actifs immobiliers français lorsque leur valeur nette taxable dépasse 1 300 000 €. Les revenus immobiliers supportent l’impôt français et des prélèvements sociaux. Le taux de ces prélèvements est généralement de 17,2 %, ramené à 7,5 % pour les personnes affiliées à un régime obligatoire de sécurité sociale d’un État de l’Espace économique européen ou de la Suisse, hors régime français.
Un cas chiffré montre pourquoi la résidence fiscale change le résultat
Prenons 80 000 € placés pendant huit ans avec une hypothèse constante de 3 % par an, nette de frais mais avant fiscalité. Sans retrait intermédiaire, le capital atteint 101 342 €. Le gain s’élève donc à 21 342 €.
- Avec une taxation finale de 30 %, l’impôt atteint 6 403 € et le capital net ressort à 94 939 €.
- Avec une taxation de 20 % dans le pays de résidence, l’impôt atteint 4 268 € et le capital net ressort à 97 074 €.
- Avec une taxation annuelle des gains plutôt qu’une imposition au retrait, la capitalisation nette est plus faible, même avec un taux facial identique.
Cette simulation illustre un écart de 2 135 € entre deux taux d’imposition, sans même intégrer les retenues à la source ni le change. Vous pouvez tester d’autres montants et durées avec un simulateur de placement. Le taux de 3 % est une hypothèse de calcul, pas une promesse. Les rendements passés ne préjugent pas des rendements futurs.
Le PER est rarement prioritaire après le départ de France
Le PER offre en France une déduction des versements volontaires dans la limite de 10 % des revenus professionnels, avec un plancher de 4 637 €. L’économie dépend de la tranche marginale d’imposition : 0 %, 11 %, 30 %, 41 % ou 45 %.
Un non-résident sans revenu professionnel imposable en France ne tire généralement aucun avantage immédiat de cette déduction. Le capital reste par ailleurs bloqué jusqu’à la retraite, hors cas de déblocage prévus par la loi. La fiscalité de sortie sera celle applicable au moment du retrait, complétée par les règles du pays de résidence. Avant de verser, vérifiez donc le fonctionnement du plan d’épargne retraite pendant une expatriation.
Les vérifications à effectuer avant et après l’expatriation
- Fixez la date exacte de changement de résidence fiscale et conservez les preuves de logement, d’emploi et de déplacement.
- Recensez les comptes bancaires, PEA, comptes-titres, contrats d’assurance vie, PER et biens immobiliers.
- Demandez à chaque teneur de compte s’il accepte votre pays de résidence et quelles opérations resteront autorisées.
- Relevez la valeur des titres au jour du départ pour documenter les futures plus-values.
- Contrôlez la convention fiscale applicable aux dividendes, intérêts, rachats et revenus immobiliers.
- Déclarez vos comptes français dans le pays d’accueil lorsque sa législation l’exige.
- Gardez un compte courant français pour les impôts, charges immobilières et dépenses en euros, sans multiplier les comptes inutiles.
Si vous changez de pays plusieurs fois, reprenez cette analyse à chaque installation. Une enveloppe adaptée dans un État devient parfois pénalisante dans le suivant. Les autres arbitrages liés à une mobilité, une vente ou un changement familial sont regroupés parmi les solutions adaptées à votre situation.
Information générale, pas un conseil en investissement personnalisé.

