Un seul mois de vacance locative efface 8,33 % des loyers annuels attendus. Entre les frais d’achat, les charges non récupérables, les travaux et l’impôt, une rentabilité brute affichée à 6 % finit souvent près de 3 % net. Le bon calcul consiste à intégrer chaque euro réellement engagé et chaque dépense supportée par le bailleur.
Quelle formule utiliser pour calculer la rentabilité locative ?
Le calcul de la rentabilité locative mesure le revenu annuel d’un logement par rapport au capital mobilisé. Trois niveaux coexistent : la rentabilité brute, la rentabilité nette et la rentabilité nette-nette. Ils ne répondent pas à la même question.
La rentabilité brute sert à comparer rapidement plusieurs annonces. La rentabilité nette renseigne sur la performance économique du bien après les dépenses courantes. La rentabilité nette-nette intègre aussi la fiscalité personnelle. Pour juger un investissement locatif, le taux brut ne suffit donc pas.
| Indicateur | Formule | Utilité |
|---|---|---|
| Rentabilité brute | Loyer annuel hors charges ÷ prix d’achat × 100 | Comparer rapidement des biens |
| Rentabilité brute sur coût total | Loyer annuel hors charges ÷ coût complet du projet × 100 | Mesurer le rendement du capital réellement engagé |
| Rentabilité nette | Revenu locatif après charges ÷ coût complet du projet × 100 | Évaluer la performance avant impôt |
| Rentabilité nette-nette | Revenu locatif après charges et impôts ÷ coût complet du projet × 100 | Mesurer le revenu conservé après fiscalité |
Le coût complet comprend le prix du logement, les frais d’acquisition, les travaux immédiats, les honoraires liés à l’achat et le mobilier en location meublée. Dans l’ancien, les frais de notaire représentent généralement 7 à 8 % du prix. Les oublier gonfle mécaniquement le taux affiché.
Une rentabilité calculée uniquement sur le prix inscrit dans l’annonce mesure le bien immobilier. Une rentabilité calculée sur le coût total mesure votre investissement réel.
La rentabilité brute donne un premier repère, pas le résultat final
Pour un appartement acheté 150 000 € et loué 750 € hors charges par mois, le loyer annuel atteint 9 000 €. La rentabilité brute ressort à 6 % : 9 000 ÷ 150 000 × 100.
Avec 12 000 € de frais de notaire et 8 000 € de travaux, le projet coûte en réalité 170 000 €. Le même loyer produit alors une rentabilité brute sur coût total de 5,29 %. Avant même la première charge annuelle, 0,71 point a disparu.
Pour comparer plusieurs opérations, utilisez toujours la même formule. Le prix seul convient pour un premier tri. Le coût complet doit servir à valider l’achat. Une analyse plus large de la rentabilité d’un logement doit aussi intégrer le quartier, la demande locative et le risque de travaux collectifs.
Les 5 coûts qui faussent le calcul de rentabilité locative
1. La vacance locative réduit directement les loyers encaissés
Douze mois de loyer ne doivent pas être comptés automatiquement. Un logement vide pendant un mois ne produit aucun revenu, alors que la taxe foncière, l’assurance et le crédit continuent à courir.
Un mois de vacance tous les trois ans correspond à une perte annuelle moyenne égale à un tiers de loyer mensuel. Pour un loyer de 900 €, retenez 300 € par an. Dans une zone où la demande est moins soutenue, budgétez un mois chaque année, soit 8,33 % du loyer annuel.
2. Les charges non récupérables restent à la charge du propriétaire
Le locataire rembourse certaines dépenses, notamment une partie des charges de copropriété et la taxe d’enlèvement des ordures ménagères. Le propriétaire conserve les frais d’administration de l’immeuble, certaines dépenses d’entretien, les honoraires de syndic et la partie non récupérable de la taxe foncière.
Immobilier & créditDéficit foncier : 5 règles pour déduire jusqu’à 10 700 € de votre revenu imposableLe calcul doit retenir la taxe foncière nette de la fraction récupérée, les charges de copropriété non récupérables, l’assurance propriétaire non occupant et les éventuels frais de gestion. Utilisez le dernier relevé annuel de copropriété, pas la provision mensuelle affichée dans l’annonce.
3. Les travaux et l’entretien ne se limitent pas à la rénovation initiale
Peinture, chauffe-eau, électroménager, robinetterie, fenêtres ou chaudière finissent par peser sur le résultat. Même un logement rénové exige une réserve annuelle. Une hypothèse de 5 à 10 % des loyers hors charges offre une base prudente pour l’entretien courant et le remplacement des équipements.
Les gros travaux de copropriété demandent un traitement séparé. Consultez les procès-verbaux d’assemblée générale, le plan pluriannuel de travaux et le fonds travaux. Une façade ou une toiture votée après l’achat suffit à absorber plusieurs années de revenus locatifs.

4. Les frais d’achat et de financement alourdissent le capital engagé
Les frais de notaire atteignent 7 à 8 % dans l’ancien. Ajoutez les frais de garantie du crédit, les frais de dossier, les honoraires d’intermédiation éventuels et l’assurance emprunteur. Les intérêts réduisent le revenu foncier imposable au régime réel, mais ils restent une sortie de trésorerie.
La mensualité complète ne doit pas être soustraite pour calculer la rentabilité économique du bien, car elle comprend du capital remboursé. En revanche, elle entre intégralement dans le calcul du cash-flow. Cette distinction évite de confondre rendement immobilier et effort d’épargne mensuel.
5. La fiscalité transforme la rentabilité nette en rentabilité nette-nette
En location nue, le micro-foncier applique un abattement de 30 % jusqu’à 15 000 € de revenus fonciers bruts annuels. Au régime réel, les charges effectivement déductibles sont retranchées des loyers encaissés. Les revenus fonciers supportent ensuite la tranche marginale d’imposition de 0 %, 11 %, 30 %, 41 % ou 45 %, ainsi que 17,2 % de prélèvements sociaux.
En location meublée relevant du micro-BIC, l’abattement de référence est de 50 %. Le régime réel autorise la déduction des charges et l’amortissement dans les limites fiscales applicables. La flat tax de 30 %, composée de 12,8 % d’impôt et de 17,2 % de prélèvements sociaux, ne constitue pas le régime normal des loyers immobiliers.
Cas chiffré : du rendement brut au cash-flow après impôt
Prenons un appartement ancien acheté 180 000 €. Les frais de notaire atteignent 14 400 €, soit 8 %, et les travaux initiaux 10 000 €. Le coût total du projet ressort à 204 400 €. Le logement est loué 850 € hors charges par mois, soit 10 200 € sur douze mois.
- Rentabilité brute sur le prix : 10 200 ÷ 180 000 × 100 = 5,67 %.
- Rentabilité brute sur le coût total : 10 200 ÷ 204 400 × 100 = 4,99 %.
- Vacance retenue : un mois tous les trois ans, soit 283 € par an.
- Taxe foncière nette de la part récupérable : 1 050 €.
- Charges de copropriété non récupérables : 720 €.
- Assurance propriétaire non occupant : 140 €.
- Entretien et réparations effectivement payés : 1 020 €, soit 10 % du loyer annuel.
Le revenu net avant financement et impôt atteint 6 987 € : 10 200 − 283 − 1 050 − 720 − 140 − 1 020. La rentabilité nette ressort à 3,42 % : 6 987 ÷ 204 400 × 100.
L’achat est financé par un emprunt de 150 000 € sur 20 ans au taux nominal fixe de 3,5 %, hors assurance. La mensualité est d’environ 869,94 €, soit 10 439 € par an. Avec une assurance à 0,25 % du capital initial, comptez 375 € par an. Le financement absorbe donc 10 814 € la première année.
Les loyers réellement encaissés atteignent 9 917 € après la vacance retenue. Après 2 930 € de charges payées, 10 439 € d’échéances et 375 € d’assurance emprunteur, le cash-flow avant impôt ressort à −3 828 € par an, soit −319 € par mois.
Au régime réel, en retenant environ 5 168 € d’intérêts la première année, le revenu foncier imposable atteint 1 444 € : 9 917 − 1 050 − 720 − 140 − 1 020 − 5 168 − 375. Pour un foyer situé dans la tranche marginale de 30 %, l’impôt et les prélèvements sociaux représentent environ 681 €, au taux cumulé de 47,2 %. Le cash-flow après fiscalité ressort donc à −4 509 € sur l’année, soit −376 € par mois.
Une partie de l’échéance rembourse toutefois le capital emprunté. Elle augmente la valeur nette détenue par le bailleur, sans fournir de trésorerie disponible. Ce cas illustre pourquoi un rendement brut proche de 5 % ne garantit ni un cash-flow positif ni un revenu immédiat.
Le bon dénominateur évite les comparaisons trompeuses
Deux logements affichés à 6 % brut n’offrent pas la même économie si l’un exige 30 000 € de travaux et l’autre aucun chantier. Comparez les projets sur leur coût total, puis mesurez le revenu net avec une hypothèse de vacance identique.
Immobilier & créditInvestissement locatif rentable : 5 calculs à faire avant de signerPour confronter l’immobilier à d’autres familles de supports, le comparatif des placements doit être lu avec le même niveau de risque, le même horizon et la même fiscalité. L’immobilier ajoute des coûts de transaction élevés et une liquidité réduite. Il fournit en contrepartie la faculté de recourir au crédit et de rembourser une dette avec les loyers.
Un rendement calculé reste une estimation, pas une promesse. Une baisse du loyer, une vacance prolongée ou un chantier imprévu modifie immédiatement le résultat. Les analyses de la rubrique immobilier et crédit permettent de replacer ce taux dans le financement global du projet.
La vérification finale tient sur une feuille
- Inscrivez le prix d’achat et tous les frais d’acquisition.
- Ajoutez les travaux, le mobilier et les frais de financement initiaux.
- Retenez les loyers hors charges réellement encaissables.
- Déduisez une vacance chiffrée, les charges non récupérables, la taxe foncière, les assurances et l’entretien.
- Calculez séparément la rentabilité nette, l’impôt et le cash-flow après crédit.
Refusez un calcul fondé sur douze loyers garantis, zéro travaux et des charges limitées à la seule taxe foncière. Demandez les baux, les quittances, les relevés de copropriété, les procès-verbaux d’assemblée générale et les avis de taxe foncière. Les chiffres réels valent davantage qu’un taux commercial arrondi.
Sylvain Bourdet, ancien agent immobilier devenu bailleur de trois logements.
Information générale, pas un conseil en investissement personnalisé.




